Archives d’Auteur: Fabrizio Tribuzio-Bugatti

À propos de Fabrizio Tribuzio-Bugatti

Juscagneux, souverainiste pasolinien. Rédacteur en chef de la revue Accattone et président du Cercle des Patriotes Disparus.

Les Chants de Maldoror

Maldoror, introduction

Grande œuvre d’Isidore Ducasse, publiée sous le pseudonyme de Comte de Lautréamont en 1869, Les Chants de Maldoror ont toujours un écho à notre époque. S’érigeant contre la morale, les mœurs et la pudeur de son temps, l’omniprésence de la bien-pensance moderniste actuelle rend les Chants intemporels. Ils sont un appel au voyage, l’incarnation de l’adolescence qui se rebelle contre les codes sociaux, mais aussi une ode poétique à la décrépitude qui ronge chacun de nous. Même Dieu n’est pas épargné, présenté comme un vieillard fatigué de son omnipotence, dont la principale préoccupation est désormais le divertissement.
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L’univers d’Harry Potter est-il maurrassien ?

HP contre Maurras

Il est en effet flagrant que le modèle social du monde des sorciers dans la célèbre saga est structuré autour d’une hiérarchie fondée avant tout sur la race et non sur la méritocratie ou même l’aristocratie. En effet, l’univers d’Harry Potter, ou plus précisément la communauté magique, est profondément racialiste et raciste. L’ossature de sa société repose sur l’idée que chaque ethnie a une place précise en son sein et ne saurait outrepasser les droits afférents à celle-ci. Le Royaume-Uni étant fortement touché par le communautarisme, ce modèle ne pouvait qu’être transposé par l’autrice. Toutefois, et sans doute inconsciemment, J.K. Rowling a réellement conçu pareille structure, puisque c’est sans cesse le critère racial qui définit la place sociale des individus, et fait d’ailleurs sujet de nombreuses dispositions juridiques. Les créatures jugées ainsi « non-humaines », « hybrides » ou même « partiellement humaines » sont classées et recensées assidûment par le Ministère de la Magie et font l’objet de diverses restrictions et interdictions. L’on peut d’ailleurs soulever que ce même Ministère constitue l’amorce de ce racisme d’État qui constitue la clef de voûte du système social magique. En effet, avant lui existait un « conseil des sorciers » qui comprenait aussi bien les humains que les gobelins, fantômes et harpies. La création du Ministère de la Magie au XVIIIe siècle ne permit qu’aux humains d’atteindre les haute-fonctions, aussi bien politiques qu’administratives, ce qui constitue en soi une véritable régression en matière de libertés fondamentales. Seuls les Gobelins bénéficient de droits réels, bien qu’aussi monopolistiques, en matière fiduciaire notamment. Ces droits furent cependant gagnés par une rébellion et sont un cas unique.

Cela n’est pas sans rappeler la théorie de « l’antisémitisme d’État », formulée par Charles Maurras au début du XXe siècle. Académicien, co-fondateur de l’Action Française, il était un homme politique et de lettres brillant mais foncièrement antidreyfusard. L’antisémitisme d’État est une conception de racisme politique, et non biologique ou religieux. Son idée repose sur la pensée de La Tour du Pin, soit de la lutte des États dans l’État, qui sont en fait des communautarismes aussi puissants que caractérisés qui ne cherchent qu’à influencer le pouvoir politique (énumérés à quatre à l’époque, les Juifs, les Francs-Maçons, les Protestants, et Métèques, soient les étrangers, ce qui rend l’appellation « d’antisémitisme » réductrice). Cette théorie porta ainsi la conviction que seuls les nationaux « de souche » devraient accéder aux hautes-fonctions de l’État, et même la fonction publique en général, et non les Juifs (bien qu’aujourd’hui, sous l’effet de la mondialisation, Maurras aurait sans doute étendu son concept à d’autres couches sociales et étrangères). Le but étant que l’État soit libre de toute pression et de toute influence d’une minorité.

Ce paradigme trouve justement un solide écho dans le monde d’Harry Potter. Non seulement, et comme susmentionné, les classes sociales reposent avant tout sur une catégorisation ethnique, mais il est aussi largement visible que le racisme « de peau », soit biologique, n’est l’apanage que des extrémistes, notamment les fidèles de Voldemort. Néanmoins, la limite étant floue, le Seigneur des Ténèbres passe en fin de compte plus pour un conservateur qu’un véritable tyran.

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Phantasia – Préface

Bandeau finalDifficile exercice que de se lancer pour la première fois dans la publication amatrice. L’association Apocryphos avait l’ambition – modeste – dans la réalisation de ce recueil de dépoussiérer l’image d’une fantasy étouffée par les codes commerciaux qu’imposent les grandes maisons d’édition actuelles, codes posés malgré lui par Tolkien, qui consacra sans le savoir le triptyque elfe-nain-hommes (entre autres choses) dont le genre n’arrive plus à se défaire. L’on avait à vrai dire songé à citer China Mielville et sa fameuse citation « Tolkien est le kyste sur le cul de la fantasy », mais au dernier moment, nous nous étions quand même rendu compte que ç’aurait été ingrat vis-à-vis du maître. D’autant plus que c’est grâce (ou à cause) de lui que ce recueil s’est concrétisé, du moins en partie.

Si nous avons finalement opté pour Valerio Evangelisti, c’est parce que nous avions un double-objectif, que nous espérons avoir atteint. Outre une fantasy siphonnée par le marché éditorial que nous voulions tenter de réhabiliter, c’est aussi l’exigence stylistique ; celle qui consiste tout simplement à rendre hommage à notre langue, qui est aujourd’hui sacrifiée à des normes obscures, posées par des législateurs littéraires tout aussi obscurs d’ailleurs… Combien de fois voyons-nous des rayons de librairies crouler sous des légions d’auteurs insipides contant des tranches de vies aussi banales que superficielles ? Combien de fois voyons-nous ces mêmes thuriféraires du vénal prôner indécemment que « l’absence de style est un style » et autres fadaises qui, n’en doutons pas, exigèrent probablement de longues séances d’onanisme intellectuel pour en déduire un tel contresens ? L’on renverra ceux-là au Discours sur le style de Buffon, qui avançait sagement que « ceux qui écrivent comme ils parlent, quoiqu’ils parlent très bien, écrivent mal », et ce, déjà en 1753 !

Les auteurs que nous avons sélectionnés répondent donc à ce double-objectif ; dépoussiérer l’image de la fantasy en s’éloignant des codes commerciaux qui l’ont mutilée, mais aussi en présentant chacun un style propre, avec sa personnalité, ses exigences (parfois ses maladresses). Tous les textes figurant dans ce recueil ont voulu contribuer humblement à ce défi exigeant (peut-être trop exigeant penseront certains). Voilà pourquoi nous trouverons aussi au sommaire deux auteurs étrangers qui ouvrent et ferment le présent recueil, pour montrer que cette envie de réexplorer l’Imaginaire ne concerne pas seulement les écrivains français, mais qu’elle représente un véritable enjeu littéraire.


Law of the Rings

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Le 24 Mars 2015 s’est tenue une conférence quelque peu particulière à la faculté de droit de Strasbourg ; il ne s’agissait ni plus, ni moins, de savoir quelles matières juridiques pouvaient être approchées, voire applicables, de l’univers construit par Tolkien ! Bien sûr, prégnance filmique oblige, certains intervenants commirent quelques écueils, notamment l’idée que Sauron serait purement immatériel alors que les livres tendraient à infirmer cela (il est implicité que Gollum l’aurait vu lors de son interrogatoire à Barad-Dûr), mais qu’importe ! Voici quelques thématiques choisies et synthétisées (et enrichies de menues précisions diverses par l’auteur) de ce colloque de trois heures. Si vous voulez savoir si le lancé de Gimli est une atteinte à la jurisprudence Morsang-Sur-Orge, si le Conseil d’Elrond est une proto-ONU, ou si Sauron pourrait être traduit par la Cour Pénale Internationale, c’est par ici ! Lire la suite