Black Flag

Couverture de "Black Flag" des éditions Rivages

Couverture de « Black Flag » des éditions Rivages

Roman de Valerio Evangelisti et qui fait partie de la trilogie Métal Hurlant entamée avec le recueil de nouvelles du même nom, Black Flag reprend les mêmes mécanismes que l’on retrouve généralement dans l’œuvre d’Evangelisti, à savoir que passé et futur sont complémentaires. On découvre dans le premier ce qui deviendra un paradigme, même un postulat, dans le second.

Ici, on se retrouve propulsé en pleine guerre entre les États-Unis et Panama, qui se fait copieusement bombarder pour des raisons qui ne seront jamais clairement citées. L’auteur se contente de nous faire suivre deux personnes qui vont libérer des patients Américains des décombres d’un hôpital ; patients qui souffrent de porphyrie et, comme il est indiqué à la toute fin, de schizophrénie. Plus tard, on retrouve Pantera, pistolero messianique et palò mayombe de son état, en pleine guerre de Sécession, accompagnant la joyeuse bande de Bloody Bill Anderson. Enfin, Evangelisti nous présente un futur où l’humanité est divisée en ethnies qui sont définies selon la pathologie mentale des individus. Se trouvent donc des Phobiques, des Schizos, des Hytériques et autres joyeux lurons qui s’entretueront comme de véritables larrons en foire. Dans ce Paradice, toute capacité de communication est réduite à une seule : la violence. Celle-ci va même jusqu’à se substituer au sexe, lequel d’ailleurs ne peut lui non plus se faire sans elle.

Une fois cet agréable tableau dressé, il est temps de s’intéresser au récit lui-même. Pour ne pas tourner autour du pot, l’histoire est suffisamment cohérente et prenante pour qu’on ne lâche pas en cours de route, sauf les habituels passages mous qu’Evangelisti ne parvient pas à surmonter (notamment les chevauchées de Pantera). Les meilleures parties du livre sont incontestablement celles se déroulant à Paradice, pour qui aime l’humour noir (car certains ne voient rien de drôle à s’imaginer un quadragénaire poursuivant un enfant avec un énorme couteau de boucher pour « compléter [son] autel »). La société dystopique que décrit Evangelisti frappe non seulement par son atmosphère glauque et oppressante, mais surtout (et peut-être même paradoxalement) par sa cohérence. On retrouve un système de classes sociales hiérarchisées entre elles selon la pathologie dont souffre un individu, les Schizos étant apparemment le maillon dominant de la chaîne, et les Phobiques de simples proies de chasses.

D’un autre côté, si l’on retirait ces fameuses scènes de barbarie gratuite qui constellent le roman pour ne conserver que l’aventure de Pantera, force est de constater que l’on se retrouverait avec une histoire, certes, bien construite, mais terriblement fade. Le problème que rencontre l’auteur avec Pantera, aussi bien que dans Black Flag qu’Anthracite, c’est l’inévitable mollesse que rencontre le récit du mexicain. On finit invariablement par s’ennuyer à un moment, ne tenant que par la volonté de connaître le dénouement. On suit ainsi des passages fastidieux tels que les chevauchées et le campement de Bill Anderson, où l’auteur dépeint les scènes grotesques des bushwakers. Reste le final qui, heureusement (et malheureusement à la fois) fait décoller enfin le récit, malgré une certaine lenteur encore perceptible. En fait, ce qui rend les passages avec Pantera si rebutant, c’est le personnage lui-même. En voulant faire un véritable antihéros, loin des stéréotypes, Evangelisti l’a quelque part tué dans l’œuf. Son absence de charisme était nécessaire dans son optique, mais malheureusement il est très (voire trop ?) difficile de supporter un héros que l’on déteste de A à Z, et qui balance insultes et menaces de mort à tout va juste parce qu’il n’aime pas le contact humain.

Couverture d'"Anthracite" des éditions Rivages

Couverture d' »Anthracite » des éditions Rivages

Quant à l’histoire générale, en elle-même, elle tient la route, même si on se demande comment la surpopulation planétaire a pu subitement faire dégénérer les gens et répandre une véritable pandémie de pathologies mentales, et ce malgré la maigre explication donnée dans l’épilogue où l’on retrouve nos deux personnages du début. En réalité, ce que vise Valerio Evangelisti n’est pas tant de créer une histoire inoubliable, mais des concepts et des théories frappantes sur l’homme, pour montrer que l’inhumain sera, et a toujours été, une chose parfaitement humaine.

Publicités

À propos de Apocryphos

L’association « Apocryphos » est une association littéraire ayant pour but la promotion de la littérature et de l’écriture, de réunir les passionnés de littérature, de former une structure leur permettant de discuter, débattre et diffuser leurs idées, mais aussi la possibilité de participer à des manifestations littéraires. Voir tous les articles par Apocryphos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :