Les précurseurs de la Science-Fiction

Si la Science-Fiction est reconnue comme étant la plus vieille marque de ce qu’on surnomme (souvent d’un ton railleur) un « geek », le genre est cependant plus ancien qu’il ne tend à le faire croire au premier abord.

L’on admet communément que la Science-Fiction est une invention française, due à Jules Vernes. L’auteur a effectivement déployé de nombreux codes, aussi bien dans la thématique que la forme, qui se sont inscrit dans la Science-Fiction et ont défini ses contours.

Ainsi, « Vingt Mille Lieues Sous Les Mers », en sus d’être à la base une vulgarisation scientifique, est aussi remarquable par ses degrés d’anticipation, aussi bien du fameux Nautilus en ce qu’il est un submersible que l’utilisation de l’électricité pour alimenter l’appareil. « De la Terre À La Lune » reste sans doute l’œuvre la plus marquée du sceau de la Science-Fiction et a inspiré d’autres auteurs, comme H.G. Wells qui écrivit « Les Premiers Hommes dans la lune » en 1901.

L’œuvre de Jules Verne, si elle pose les bases de la Science-Fiction moderne, n’est cependant pas les premières pierres de cet édifice littéraire cyclopéen.

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Jules Verne en 1892.

Sans entrer dans le débat interminable et polémique qui consiste à remonter le plus loin possible dans le temps pour qualifier une œuvre de « science-fiction », car reprenant des codes connus, il est possible d’en dégager certaines qui traitent de sujets (ou traitent leur sujet d’une certaine manière) tels qu’il est possible de les ranger dans ce genre littéraire sans émettre de théorie tirée par les cheveux.

L’on peut ainsi parler sans peur d’« Utopia » paru en 1516 de Thomas More qui, comme son nom l’indique, est une utopie, décrivant un paradigme philosophique bien connu : celui de la cité idéale. À ce sous-genre de la Science-Fiction, on peut lui rattacher « La Cité du Soleil » de Tommaso Campanella, paru en 1601, et qui aborde même l’eugénisme. C’est toutefois encore en France que l’on trouvera des récits plus proches de la conception actuelle de la Science-Fiction.

Respectivement de gauche à droite : Tommaso Campanella, auteur de  "La Cité du Soleil" et Thomas More, auteur d'"Utopia"

Respectivement de gauche à droite : Tommaso Campanella, auteur de « La Cité du Soleil » et Thomas More, auteur d' »Utopia »

D’abord avec « Histoire comique des États et Empires de la Lune » de Cyrano de Bergerac, écrit en 1655, relatant un voyage imaginaire sur la lune, mais surtout avec « Micromégas » de Voltaire. Ces deux récits posent les pierres angulaires de ce qu’on nomme respectivement aujourd’hui le space opera (comme Star Wars ou Star Trek) et le planet opéra (comme « Planète Géante » de Jack Vance, ou « Alien » pour rester dans l’exemple cinématographique).

Ces différentes mentions ne servent pas seulement à dresser un catalogue bête et méchant. Elles permettent aussi de présenter un aspect souvent dénigré et pourtant intrinsèque à la Science-Fiction, notamment dans ce qu’on pourrait nommer l’école française. Chaque récit exploite en effet une problématique précise et généralement contemporaine à l’écriture.

Le conte initiatique de Voltaire et les dialogues inspirés du modèle platonicien de Campanella font de même pour leur époque. L’incontournable « Frankenstein » de Shelley est aussi remarquable en ce qu’il mêle des thématiques eugénistes, mais illustre aussi le célèbre adage « science sans conscience…. ». Dans « Ravage » de Barjavel, il ne s’agit ni plus, ni moins de dénoncer la dépendance de l’Homme à la technologie, ce dernier devenant totalement impotent lorsque l’électricité disparaît soudainement ; seuls les ruraux, habitués à une vie manuelle, arrivant à s’en sortir. « Malevil » de Robert Merle, quant à lui, s’inscrit dans le post-apocalyptique et suggère un avenir où une guerre nucléaire aurait éclaté, laissant les provinces françaises livrées à elles-mêmes.

Bien entendu, cela n’empêche pas, et ne diminue pas non plus, la qualité d’œuvres de Science-Fiction faites purement et simplement pour le divertissement, comme cela se remarque surtout dans le domaine cinématographique. Cela ne doit pas pour autant permettre la caricature d’un genre qui s’est toujours voulu lucide sur des problématiques sociales ou politiques, qu’il traite généralement avec cynisme (en dehors des utopies).

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À propos de Fabrizio Tribuzio-Bugatti

Juscagneux, souverainiste pasolinien. Rédacteur en chef de la revue Accattone et président du Cercle des Patriotes Disparus. Voir tous les articles par Fabrizio Tribuzio-Bugatti

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